SANTÉ. Le service cancérologie pédiatrique du CHU, à l'hôpital Pellegrin, introduit le sport dans son projet global de soin et de guérison
Après la maladie, les enfants soufflent
Élodie Janot est une championne. Mais il ne faut pas le répéter. Enseignante en activité physique adaptée, elle vient d'être embauchée au CHU de Bordeaux, au sein du service cancérologie pédiatrique afin d'inciter les enfants malades à pratiquer un sport, même cloués au fond d'un lit de douleur.
Élodie Janot donc, championne de France en Teamgym, avec le club de Talence en 2008 travaille aux côtés des enfants leucémiques, souffrant de cancer : activité physique adaptée. Chaque jour, elle participe aux réunions de régulation qui font le point sur la situation de chaque patient. Intégrée à part entière dans l'équipe pluridisciplinaire, qui comprend, le médecin, les infirmières, le kiné, l'assistante sociale, l'instit', le psy, elle apporte sa pierre à la réflexion globale qui concerne l'enfant. Le professeur Yves Pérel, chef du service la considère avec respect. Elle compte.
Les enfants du CHU de Bordeaux pendant leur stage au Bugeat en Haute Corrèze. (PHOTOS DR) |
Des corps blessés
Des corps blessés
Le Professeur Pérel avec son équipe a mis en place, il y a cinq ans, un programme d'activités physiques adaptées, au sein de son service. Dans les couloirs, on joue au ballon, dans les chambres on saute à la corde, on tire aux fléchettes. La vie s'agite, comme un défi à la mort.
« Pour les enfants malades, dit-il, il existe depuis longtemps déjà beaucoup d'activités intellectuelles, stimulation artistique, scolaire. Il manquait quelque chose, comme si nous avions peur ou honte d'y penser : ce qui concerne la blessure du corps. Le plus difficile à aborder, hors de portée. Comment imaginer des petits enfants maigres, faibles, douloureux et sans cheveux jouer à la boxe ou au rugby. Antinomique. Depuis dix ans, je tente d'introduire l'activité physique dans le service, nous sommes partenaires avec la fac des sports (STAPS). Des licenciés en sports interviennent. Jusqu'à l'arrivée d'Élodie Janot et du projet du stage externalisé. « C'est la concrétisation de notre intention. Cette semaine en Corrèze au centre sportif de Bugeat permet à des enfants qui vont mieux, d'aborder leur convalescence dans les meilleures conditions. Ils découvrent plusieurs pratiques sportives et sont entourés de cinq professeurs de sport et d'une équipe médicale du CHU, bénévole, composée de quatre personnes. »
« Success story »
Ce projet a pu voir le jour grâce au travail de mobilisation de l'association bordelaise pour l'avancement des sciences pédiatriques, laquelle s'occupe de chercher le financement des séjours en pension complète et le voyage en train.
« Une success story, ajoute le professeur Pérel. Une association a montré le besoin, cette démarche a abouti à une création d'emploi, dans le cadre du plan cancer, cette année. Élodie Janot vient d'être intégrée dans notre service, elle est salariée de l'hôpital. Les institutions sont plus lourdes à bouger que les associations... »
Élodie va chercher chaque enfant dans sa chambre, même le plus affaibli. La championne propose un jeu, un échange physique, un combat de boxe _ils adorent la boxe française ces petits lutteurs_ une partie de raquettes. Aucun lit, l'étage en compte vingt, n'échappe à Élodie, même pas les chambres en secteur protégé.
« Ce service est avant tout un lieu de vie, affirme la jeune femme. Il y a des enfants ici, il ne faut pas l'oublier. Alors, personne ne s'étonne de voir des gamins jouer au ballon dans les couloirs. Les parents participent, les soignants quand ils passent. Cela crée une ambiance joyeuse, ça dédramatise. Et puis, lorsque certains préfèrent se replier dans leur chambre, j'arrive quand même à les convaincre. »
Le professeur Pérel de son côté répète qu'il faut ouvrir les portes, y compris celles des enfants qui vont mal. « L'aspect démonstratif, volontariste donne de l'espoir, de l'envie. Notre préoccupation aujourd'hui est certes de guérir, mais de guérir bien. »
Soigner le corps et le moral
À Élodie d'adapter l'activité selon l'état de fatigue de chacun. Aucun jour ne ressemble à la veille. Les compétences de l'enfant sont soigneusement consignées par ses soins et apportent des éléments de plus à l'équipe soignante, au même titre que les résultats sanguins, ou le travail scolaire. « Je suis très vigilante, admet l'enseignante. Il ne s'agit pas de prendre des risques, ni de brûler les étapes, mais de ne pas oublier son corps. La façon dont bouge un enfant dit beaucoup sur son état de santé, son moral. »
Auteur : ISABELLE CASTÉRA
i.castera@sudouest.com